« Moi, le bio j’y crois pas »

« Moi, le bio, j’y crois pas. »  Cette phrase, prononcée par une amie m’a laissée perplexe. On peut choisir de consommer bio pour un tas de raisons : protéger sa santé, l’environnement, soutenir les agriculteurs locaux… Mais «manger bio » qu’est-ce que cela veut dire au juste ? Comme souvent, lire et comprendre le droit applicable permet de faire des choix plus éclairés.

Historiquement, l’agriculture biologique est un cahier des charges élaboré par des agriculteurs qui partagent des valeurs communes (le respect de l’environnement et des animaux, une production locale, naturelle, de qualité…). En France, en 1972, l’association Nature et Progrès propose pour la première fois des règles uniformisées correspondant à la philosophie de l’agriculture biologique. Progressivement, les pouvoirs publics s’intéressent à ce mode de production et l’encouragent. D’une initiative privée et volontaire des agriculteurs, on passe à une reconnaissance publique. Aujourd’hui l’agriculture biologique est un label.  C’est un signe distinctif (la petite feuille verte européenne ou le logo français « AB ») : les aliments qui le portent ont été produits en respectant certains critères et règles. Depuis 2007, ces règles ne sont plus décidées par les agriculteurs mais établies par des lois européennes. En revanche, la logique ne change pas : le droit européen impose le respect de règles bien précises pour pouvoir se prévaloir du label. D’ailleurs, les agriculteurs biologiques sont contrôlés régulièrement par un organisme indépendant.

Le label « agriculture biologique » (AB) s’applique à toutes les activités de culture et d’élevage. En revanche, il ne peut pas être délivré aux produits pêchés ou chassés « en pleine nature ». Ces activités ne sont pas agricoles ! Vous pouvez donc acheter du poisson et de la viande bio, mais ces produits sont nécessairement issus de l’élevage. Par contre, le label « AB » peut s’appliquer à des produits non-alimentaires issus de l’agriculture (la cire d’abeille, la laine, le coton…).


Au-delà des règles précises, l’agriculture biologique est avant tout une philosophie. C’est pourquoi les règles de production reposent sur des principes[1]. Un principe juridique c’est une valeur, une philosophie, une « grande idée », traduite par le droit et de laquelle découlent des règles plus précises. Par exemple, le « principe d’égalité » appliqué au travail se traduit par l’obligation « à travail égal, salaire égal ». Dans cet article, au lieu de lister toutes les règles de l’agriculture biologique, nous allons plutôt parler de certains principes et voir quelles règles en découlent.

Le principe de l’indépendance vis-à-vis de la chimie et de la préférence pour le naturel

L’agriculture biologique s’est développée en réaction à l’industrialisation de l’agriculture et à la généralisation du recours à la chimie (engrais et pesticides). Elle propose un mode de production alternatif. Se voulant plus naturelle, elle utilise la biodiversité et les ressources présentes sur la ferme plutôt que la chimie (c’est ici le principe). D’ailleurs l’indépendance vis-à-vis de l’industrie des produits chimiques est importante dans les textes. Trois conséquences découlent de cette idée :

  • les substances non-naturelles (obtenues artificiellement par la chimie) ne sont pas autorisées en agriculture biologique;
  • L’apport excessif de matière extérieure à ce dont dispose la ferme est interdit ;
  • Les solutions sont d’abord à chercher dans la nature et la biodiversité.

Concrètement, la nourriture des animaux d’élevage doit provenir principalement de l’exploitation agricole[2]. Les engrais utilisés pour améliorer la fertilité du sol doivent être naturels[3] (compost, déjections animales) et provenir préférablement de l’exploitation. Les « produits pesticides » utilisés en agriculture biologique doivent être non-chimiques. De même, en application de ce principe, certains usages sont prohibés : c’est le cas des OGM[4], et des animaux clonés ou dont les caractéristiques ont été artificiellement modifiées pour produire plus. Le recours aux antibiotiques est très encadré (et limité aux cas exceptionnels où ils sont nécessaires) tandis que les hormones de croissance sont interdites.

L’idée que les produits bio doivent être les plus naturels possible ne s’arrête pas aux champs : les produits transformés (les conserves ou les biscuits vendus en supermarché par exemple) ne doivent pas contenir d’additifs non naturels.

Des pesticides en agriculture biologique ?!

Oui, il est possible d’employer certaines substances pesticides à condition qu’elles soient naturelles (c’est-à-dire qui n’ont pas été créées par l’Homme) en agriculture bio. Par exemple, le cuivre et le soufre de même que le vinaigre, la levure de bière ou des macérations de plantes font partie des substances autorisées. La liste des substances est très restreinte et la plupart des pesticides autorisés en agriculture bio sont inoffensifs pour l’environnement et la santé (mais pas tous : le cuivre et le soufre en grande quantité détruisent les sols !). Surtout, la philosophie de l’agriculture bio veut que ces produits soient utilisés le moins possible et en quantité minimale[5]. La lutte contre les nuisibles ou les mauvaises herbes passe d’abord par les prédateurs naturels, la diversité des cultures, ou des moyens mécaniques.

Le principe d’une agriculture en lien avec un sol vivant et la roche-mère

L’agriculture bio est un mode de production ancrée dans un sol vivant et lié à la roche-mère[6]. Les productions hors-sol, déconnectées de la terre ne peuvent pas être certifiées par le label AB. C’est vrai tant pour l’élevage que pour les cultures. Des tomates ou des fraises cultivées dans des bacs sous-serre ne peuvent pas être biologiques[7]. Attention toutefois, le Danemark, la Finlande, et la Suède ont une dérogation sur ce point jusqu’en 2030 : les tomates danoises  peuvent donc être hors-sol et bio !  En ce qui concerne l’élevage, il est nécessaire que les animaux aient accès à des terres agricoles en plein air et ne soient pas élevés hors-sol[8]. Pour les ruminants, les pâtures sont d’ailleurs la première source d’alimentation la majorité de l’année. De même, il est préférable (et encouragé) que le fourrage provienne de la ferme et ne soit pas acheté ou pire, importé.

Le principe d’une agriculture favorable à la biodiversité

L’agriculture biologique dépend et encourage le développement de la biodiversité qu’elle soit cultivée ou sauvage. Les éléments du paysage tels que les haies, ou les arbres qui accueillent la faune et la flore sauvages sont protégés. Les plantes cultivées sont issues de semences au patrimoine génétique varié et sont adaptées à la culture biologique. Les races d’élevage sont diversifiées, adaptées au territoire et choisies pour leur résistance aux maladies et leur longévité.

Bien sûr, il existe encore d’autres principes qui guident l’agriculture biologique. Par exemple, les produits biologiques doivent être identifiables et les contaminations avec les autres aliments évitées autant que faire se peut, les produits biologiques doivent être respectueux du bien-être animal ou encore, l’agriculture biologique veut limiter l’usage des ressources naturelles (eau, énergie…)[9] et privilégier les ressources renouvelables. Les principes présentés ici ne sont pas nécessairement plus importants que les autres mais on espère que cela vous aura quand même permis d’y voir plus clair ! Pour résumer : L’agriculture biologique est un mode d’agriculture qui respecte des  principes, – c’est-à-dire une philosophie traduite par le droit – déclinés en règles précises. Certaines vous ont été présentées ici. Les agriculteurs qui respectent ses règles peuvent utiliser les logos de l’agriculture biologique sur leurs produits.

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[1] Les principes sont listés aux articles 5 et 6 du règlement CE) n°2018/848 du 30 mai 2018 et sont aussi en filigrane dans les considérants du texte.

[2] Règlement CE) n°2018/848 du 30 mai 2018, Annexe 1, partie II, §1.4.1

[3] Règlement CE) n°2018/848 du 30 mai 2018,  Annexe 1, partie I, §1.9.

[4] Règlement CE) n°2018/848 du 30 mai 2018, art. 11.

[5] Règlement CE) n°2018/848 du 30 mai 2018, Annexe 1, partie I, §1.6.

[6] Règlement (CE) n°2018/848 du 30 mai 2018, considérant 29, et Annexe 1, partie 1, §1.1.

[7] Règlement CE) n°2018/848 du 30 mai 2018, art. 6.

[8] Règlement CE) n°2018/848 du 30 mai 2018, art. 6., k).

[9] Règlement (CE) n°2018/848 du 30 mai 2018, art. 5. c).

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